Jeune prodige germano-suisse, avec déjà quatre livres à son actif, Benedict Wells est l’un des auteurs qui fait sensation en Allemagne ces dernières années. Son dernier livre, La fin de la solitude, est le premier à être traduit en français. Rencontre avec cet écrivain francophile.

Pourriez-vous faire un résumé rapide de l’intrigue du livre pour ceux qui ne l’ont pas encore lu ?
C’est l’histoire de trois frères et soeurs qui grandissent dans une famille heureuse. Le narrateur n’a peur de rien, il est très courageux et très à l’aise. Sa soeur aînée joue à la petite fille, elle est un peu rêveuse. Et le frère, c’est l’outsider, le scientifique un peu bizarre. Les rôles sont bien distribués jusqu’à ce que les parents meurent dans un accident de voiture, et là, la vie des personnages prend un virage, va dans une toute autre direction, et on les suit pendant 35 ans. Ce livre pose les questions de comment on change après un tel drame, mais aussi qu’est-ce qui ne change pas, ce qu’on peut préserver, et ce qu’on peut récupérer.

Le livre est construit en chapitres avec des dates précises, qui reconstituent la vie des personnages. Pourquoi avoir choisi de mettre en place des ellipses temporelles, dans un constant aller-retour dans le temps et la vie du narrateur ?
Quand j’ai commencé à écrire ce livre, je me suis retrouvé devant une tâche totalement inconnue et nouvelle pour moi : raconter 35 ans de la vie de trois personnages. Il y a beaucoup de possibilités pour le faire : un seul narrateur ou plusieurs, à la première ou à la troisième personne… Je me suis posé toutes ces questions pendant les sept ans que j’ai passé à écrire ce livre. J’ai finalement trouvé ma façon de raconter, que j’aime bien comparer à une tour de Jenga : elle est construite avec des bouts de bois et on retire ensuite certains bouts. Je voulais donc voir quelles étaient les histoires clés nécessaires pour que la tour tienne debout. Je voulais raconter une histoire dense, et j’ai laissé volontairement des blancs pour que le lecteur s’arrête et se pose les bonnes questions. C’est ainsi que naît une deuxième histoire dans la tête du lecteur.

Les personnages sont fouillés et profonds, avec des caractéristiques qui les rendent uniques. Et pourtant, on s’y identifie facilement. Comment avez-vous pensé et construit les personnages ?
J’ai littéralement vécu sept ans avec ces personnages, ils étaient tout le temps là, lorsque je prenais le train, lorsque j’allais dîner avec des amis. Je me disais : « Tiens, que ferait Liz là ? » ou « Que dirait Marty ? » C’est comme ça que je suis devenu très proche de mes propres personnages.

Si vous deviez décrire Jules, le personnage principal, en quelques mots, que diriez-vous ?
Ce n’est évidemment pas facile, mais ce qui me vient en premier à l’esprit c’est hargneux, romantique, rêveur, indécis et empathique.

A la lecture du livre, on se demande si c’est une fiction complète ou si les événements se basent sur votre vie personnelle.
Je suis parti de mes propres expériences, la solitude par exemple ou des changements radicaux dans ma vie, et à partir de là j’ai inventé une histoire qui ne m’est absolument pas arrivée. Mais comme je suis parti de mon propre ressenti, ça devient une histoire très vraie, pas ce que j’ai écrit littéralement, mais entre les lignes, c’est quelque chose de très vrai.

Votre livre a reçu le Prix de littérature de l’Union européenne. Qu’est-ce que ça a changé pour votre vie et votre écriture ?
Evidemment, ça sonne très bien de dire que j’ai reçu ce prix, mais c’est en fait presque le prix qui précède la présentation du livre. J’étais très heureux parce que ce livre signifie aussi beaucoup pour moi, il est très personnel et je ne savais pas du tout comment le public et la critique allaient le recevoir, je me disais que c’était peut-être un peu trop triste. Je savais que c’était pile poil le livre que je voulais écrire, mais j’avais peur; et puis, le prix est arrivé relativement tôt et ça m’a complètement rassuré.

Pourriez-vous nous dire quels sont les auteurs qui vous ont influencé ?
Avant tout, je dois citer John Irving qui m’a inspiré à écrire lorsque j’étais adolescent. Ensuite, il y a Kazuo Ishiguro – qui est excellent -, et aussi maintenant John Green.

On dit souvent qu’on reflète ce qu’on lit. Que lisez-vous en ce moment ?
Il y a deux livres livres que je lis en ce moment pour la deuxième fois : La face cachée de Margo (Paper towns) de John Green et Le monde de Charlie (The Perks of Being a Wallflower) de Stephen Chbosky. Je les lis en vue de mon prochain roman qui s’adressera à des adolescents. Le prochain livre que je lirai sera L’Idiot de Dostoïevski.

La fin de la solitude, Benedict Wells, Edition Slatkine & Cie, 288 pages, 20 euros

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