« Baron Noir » de Canal +, avec Kad Merad et Niels Arestrup

Les années 2010 voient l’explosion du secteur de la série. Entre internet et petit écran, les nouvelles séries, plus ou moins bonnes, se sont succédées, chacune étant annoncée comme meilleure que la précédente. Il faut vendre, d’autant plus sur un secteur hyper-compétitif comme celui-ci, où une bonne partie de la population regarde les épisodes gratuitement sur des plate-formes de streaming, ou en téléchargement. Ce qui nous intéresse aujourd’hui c’est le secteur de la série politique, dramatique, stratégique, sans concessions et sans état-d’âme, inauguré par House of Cards en 2013. Et plus particulièrement le nouveau bébé de Canal+ « Baron Noir ».

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Créé par Eric Benzekri et Jean-Baptiste Delafon (Ziad Doueiri à la réalisation), la série s’est étoffé dès le départ de noms connus, plus ou moins grands, du cinéma français : Kad Merad (Philippe Rickwaert), Niels Arestrup (Francis Laugier) et Anna Mouglalis (Amélie Dorendeu). Très vite le cadre est en place, dans l’entre-deux-tour de la campagne présidentielle, Laugier, candidat, abandonne son fidèle bras droit Rickwaert, député-maire du Nord. Ce dernier se rend compte que tout s’écroule autour de lui et décide de tenir tête à son ancien ami, et, potentiellement, futur président. Se (re)découvrant une sensibilité pour sa mairie et ses électeurs, il plonge alors dans un combat politique et judiciaire, au nom d’une vengeance personnelle. Au contact des différents niveaux de la société, opposants politiques comme conseiller du président, ou encore policier, militants, mafieux locaux, il s’engage dans un bras de fer dangereux. Sur fond de misère sociale, de grèves, et de montée du FN, la série se veut aussi miroir de la société française actuelle.

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Pleine de potentiels cette série vaut le détour. Niels Arestrup enfile avec aisance son rôle de candidat à la présidentielle et Kad Merad surprend agréablement dans son rôle de personnage retors, calculateur et vengeur. Le scénario se tient, les décors sont réalistes et l’irruption du réel dans la série se fait sans accroche (et de la série dans le réel). Plutôt réaliste, cette série est moins cynique qu’un House of Cards (selon les mots des créateurs), et alterne vie privée/vie publique donnant une touche subtile au personnage. Canal+ offre ainsi à la France sa première série politique, pleine de promesses.

Mais la série a beau avoir de beaux atouts, et de beaux atours, elle se trouve toutefois noyée au milieu du nombre incalculable de séries produites en ce moment, notamment dans ce secteur, on peut noter par exemple la prochaine série « Marseille » chez le concurrent Netflix (avec Gérard Depardieu et Benoît Magimel). On peut également se poser la question de l’éthique d’une série (encore une) qui montre les bas-instincts de l’être humain, et d’une politique incontrôlée, totalement hors des réalités du citoyen. La mise en avant de l’individualisme égoïste primant sur tout autre sentiment fait recette, et semble justifier de focaliser toute nouvelle production, à grande échelle, autour de ces thèmes.

Baron Noir, tous les lundis jusqu’au 29 février, sur Canal+

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