Cela fait trois ans que les Magasins Généraux ont rénové leurs murs pour proposer à Pantin une programmation culturelle. Désireux de s’inscrire dans le paysage de la ville, ils ont décidé de prolonger pour l’été, l’exposition BAN qui devait s’ouvrir avant que l’épidémie ne laisse tout à l’arrêt. Tout l’été, sur les bords du Canal de l’Ourcq, la rencontre entre onze photographes et des jeunes du Red Star, mythique Football club de Seine Saint-Denis, racontent par l’image et par l’écrit, ce qu’est d’être mis au ban.

Mise au ban

« Ban » avait déjà proposé son corpus d’œuvres il y a moins d’un an, en octobre 2019 à L’Orfèvrerie à Saint Denis. Là, la commissaire Marie Benaych avait, avec Henrike Stahl, invité onze photographes (Tabatini/Alcaide, Louisa Ben, Marvin Bonheur, Lucien Courtine, Léo D’Oriano, Aurélien Gillier, Valérie Kaczynski, Antoine Massari, Anton Renborg, Henrike Stahl et Adrien Vautier) à penser la marge du XXIe siècle, celle des classes populaires abandonnées, invisibilisées. Par l’œil de ces onze artistes, le quotidien, les visages, les habitudes et les histoires de ceux considérés comme à part, nous viennent du monde entier. La France bien sûr avec différentes villes comme Paris, Lyon ou Wittelsheim, petite ville d’Alsace, mais aussi le Japon, le Brésil, l’Ouganda ou l’Irlande du Nord, déploient la fougue de vies en manque de considération. Les repères ont été déplacés, malmenés, et bien que la pauvreté soit omniprésente à ces délaissés, la vie et sa poésie continuent d’exiger leurs droits.

« BAN Vol.2 », Magasins généraux, Pantin − Grand Paris, 2020 Photo. © Henrike Stahl

Le Red Star, le foot, l’écriture et l’art

Puisque l’existence se doit d’être clamée, la collaboration avec des jeunes du Red Star s’en empare en dézinguant toute prérogative. En plus de faire état de véritables qualités poétiques et rédactionnelles, les textes qu’ils écrivent en s’appuyant sur les images qui leur ont été proposées mêlées à celles qu’ils produisent eux-mêmes, racontent quelques unes des mille histoires d’un cliché. Et cette pluralité des possibles est primordiale, car elle pulvérise les stéréotypes arrêtant qu’un sportif — qui plus est un footeux — ne peut être un poète du verbe, qu’un amoureux du mot ne peut rêver du ballon. Au contraire, cette exposition, cette collaboration continue de clamer que l’un comme l’autre a une sensibilité propre qui ne demande qu’à s’exprimer lorsqu’on lui en laisse la possibilité. Alors, le spectateur, déambulant entre les photographies voguant au bout d’attaches mobiles, expérimentera l’impossible détermination. Le cadre définitionnel du ban se craquelle. Continuons à œuvrer pour qu’il vole en éclat.

Dans une actualité brûlante, où sont mises à l’index les fractures qui gangrènent notre pays, il est plus qu’important qu’existe ce genre d’exposition qui, tout comme le magnifique documentaire Hale County, jour après jour de RaMell Ross (disponible sur Arte.com), pose la question « ça veut dire quoi pauvre et défavorisé ? » (43  »).

© Marvin Bonheur

Jusqu’au 14 juin, une vente solidaire est organisée où participent les onze photographes. Chacun d’entre eux choisit une photographie à mettre en vente et reverse les dons obtenus à une association luttant contre l’épidémie du Coronavirus. Prix unique du cliché signé à 100 €.

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BAN
1 rue de l’Ancien Canal, 93500 Pantin
Entrée libre
L’exposition sera ouverte tous les week-ends (samedi et dimanche) de 14h à 20h et fera partie du parcours Paris Gallery Weekend se déroulant du 2 au 5 juillet.