Erreur judiciaire ou tueur manipulateur ? C’est la question qu’on se posera tout au long du deuxième roman de Frédéric Viguier, qui réussit à nous faire douter jusqu’au bout.

Yvan Gourlet, jeune homme de 17 ans, moqué par tous pour sa laideur, passe son temps entre le lycée et la maison. Il mange les sculptures en beurre de sa mère et fouille dans les poubelles pour lui ramener des boîtes de fromage, qu’ils collectionnent ensemble. Ce sont a priori les seules informations dont le lecteur a besoin pour aborder cette histoire fascinante.

Inadaptation et culpabilité présumée

Difficile de parler de ce roman sans en dévoiler ce qui fait tout son charme… Tentons néanmoins d’en identifier les grandes lignes : un jeune garçon trouve la mort dans une banlieue du Nord de la France. Et il n’est autre que le voisin de notre anti-héros, Yvan Gourlet. C’est à partir de là que tout démarre, et vous l’aurez compris, le jeune homme est accusé de ce meurtre, qui choque tout le village. Quel meilleur coupable qu’un garçon qui n’a aucun ami, raillé de tous, et qui passe son temps à l’intérieur de sa maison, avec sa mère ?

Quel que soit l’issue de l’enquête sur la mort du petit garçon – que nous ne vous dévoilerons pas dans cet article, rassurez-vous -, le roman de Frédéric Viguier semble vouloir nous pousser à nous interroger sur le bien-fondé de nos réactions instinctives, mais aussi sur l’effet de communauté qui entraîne inévitablement à tirer des conclusions sur ceux qui nous sont étrangers, et que l’on ne cherche pas à comprendre.

Manipulation, compassion et jugement

Au cours du roman, Yvan Gourlet voit sa vie complètement bouleversée par la mort de son voisin. Il est rapidement accusé et transféré dans plusieurs commissariats. Le récit est raconté à la première personne, comme si Yvan voulait se confier au lecteur, et essayait d’instaurer une forme de relation de confiance avec lui. Mais le lecteur n’est jamais réellement dans la confidence, et il ne cesse de s’interroger : ce jeune garçon, dont tout le monde se moque, qui a été une victime de harcèlement pendant toute sa scolarité, peut-il avoir tué le garçon par vengeance ?

Et l’aspect le plus intéressant du roman se situe très certainement dans la relation d’Yvan Gourlet au pouvoir, à la supériorité, à la hiérarchie. Soumis à la violence verbale de son père, qu’il a toujours craint, il a appris à obéir à plus fort que lui. Et ce sont plusieurs relations de domination qui se déroulent devant les yeux du lecteur tout au long du livre : avec l’inspecteur qui cherche à obtenir des aveux, avec l’avocat qui tente de trouver une ligne pour défendre son client,… Yvan Gourlet est-il victime d’une manipulation d’un système de pouvoir qui cherche à l’emprisonner ou est-il coupable du meurtre d’un jeune garçon sans défense mais veut attendrir par son impuissance ceux qui lisent le récit ?

On ne cesse de se poser des questions, et de changer d’avis sur sa culpabilité tout au long du récit. Un bon roman policier, différent de ce qu’on a l’habitude de lire, qu’on ne peut pas reposer une fois qu’on l’a ouvert.

« Aveu de faiblesse », Frédéric Viguier, Editions Albin Michel, 18€

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Journaliste littéraire chez Untitled Magazine. Contact mail : m.ciulla@untitledmag.fr