« Aux frontières de l’humain » est une exposition familiale à voir au Musée de l’Homme jusqu’au 30 mai 2022. Entre science et art contemporain, décomposée en cinq chapitres et élaborée, en partie, par un commissariat scientifique, elle tente de nous sensibiliser aux questions « Qui sommes-nous » et « Où allons-nous ? ». Une exposition de société, accessible aux plus jeunes. Займ на карту онлайн.

Les chapitres de l’humain

L’exposition porte en son titre le mot « frontières », mais elles sont toujours ténues, dépassées, taquinées. L’humain serait animal, mutant, cyborg, immortel ou encore un champion tout à la fois.
Chacune de ces thématiques est un chapitre de l’exposition mais aurait amplement mérité une exposition à part entière. Comme pour lire une histoire, le public est amené de chapitres en chapitres qui représentent toutes les facettes qui constituent l’humain. L’exposition montre alors de manière ludique, avec une scénographie très travaillée, comment toutes ces parties s’agencent en un tout.

C’est d’ailleurs un homme morcelé, évoquant les millions de cellules nous composant, qui ouvre l’exposition, seule œuvre du « Prologue ». Quadrum de Samuel Yal, de porcelaine et de fils de nylon, conçue spécialement pour l’exposition, qui nous rappelle furieusement un autre penseur de l’humain : Léonard de Vinci et son Homme de Vitruve.

Vue de l’exposition « Aux frontières de l’humain » © JC Domenech / MNHN

Un parcours thématique ; de la nature au surnaturel

Le premier chapitre « Je suis un animal d’exception » est ouvert par une famille aux corps d’humains mais aux têtes d’animaux, œuvre de Marcus Coates nommée Kinship. Pour en comprendre toute la portée, il pourrait être intéressant de lire l’éthologue Frans de Waal ou de regarder un documentaire au sujet du travail de Jane Goodall. Face à cette famille constituée de diverses espèces, évoquant peut-être aussi une forme de chamanisme, on peut également s’intéresser aux travaux de Philippe Descola, anthropologue, ou aux BDs, plus accessibles mais qui s’inspirent de ses études, d’Alessandro Pignocchi. Tous deux évoquent le sujet de la pensée Jivaro, ces indiens d’Amérique du Sud qui, comme de nombreux peuples hors Occident, n’opposent pas nature et culture.

Vue de l’exposition « Aux frontières de l’humain » © JC Domenech / MNHN

Evoquant ce thème, les installations vidéos s’enchaînent pour arriver à des frontières non plus animales, mais surhumaines.

Le dépassement par le sport, par le handisport, fait justement le lien avec le cyborg, cet être mi-robot mi-humain. Le bien surnommé Pied de robot, Président de l’association Level-Up œuvre justement à ce dépassement permanent des limites. Par exemple, il a récemment mené à bien le projet « Objectif 3000 » où handis et valides, de 19 à 64 ans, ont gravit un sommet de 3000 mètres :
« Cet accompagnement me tient particulièrement à cœur, pouvoir redonner confiance et croire en soi pour mieux se dépasser. Atteindre son plus haut potentiel de vie ! C’est ce que nous portons au travers de l’association Level Up que j’ai fondée.« 

Vue de l’exposition « Aux frontières de l’humain » © JC Domenech / MNHN

L’exposition, à partir des performances sportives et de l’esthétisation de la prothèse, questionne le dépassement des limites de la médecine ; peut-on aller trop loin en souhaitant améliorer l’humain ? Ainsi, dans la salle « Je suis un mutant » le public est amené à créer son propre bébé en choisissant toutes les caractéristiques physiques, surhumaines ou étant en rapport avec la future santé de l’enfant. Une installation ludique, qui rappelle le jeu vidéo Les Sims, qui interroge la limite entre le naturel et le surnaturel.

Fin de l’humain, fin du monde

Ainsi, les limites du corps semblent pouvoir être dépassées : le chapitre suivant se consacre au fantasme de l’immortalité. Dans une pièce à la scénographie sombre, on apprécie le côté historique. L’exposition ne se montre plus seulement ludique avec vidéos et murs tactiles, mais elle présente aussi des masques mortuaires tribaux d’Océanie et d’Amérique du Sud, ou encore une partie de la collection de la baronne Henri de Rothschild. Pourtant, elle ne fait pas de rappel historique au sujet de la crainte de l’humain quant à sa finalité. On pourrait penser à L’Apocalypse selon Saint Jean, écrit il y a presque 2000 ans, ou encore à des civilisations bien plus anciennes qui possédaient leurs propres croyances en leur effondrement comme dans la mythologie nordique, par exemple. Ne sont proposées au public que des apocalypses contemporaines comme Le jour d’après et Apocalypse Now, dans une mise en scène impressionnante : un couloir dont les murs sont des écrans de cinéma oppressants montrant les catastrophes qui s’abattent sur notre monde.

Vue de l’exposition « Aux frontières de l’humain » © JC Domenech / MNHN

L’exposition s’achève avec une conclusion nommée « On va tous y passer ! » mais peut-être, ne vaudrait-il pas mieux s’interroger : « Et si l’humain avait franchi trop de limites ? » Si, dans l’ère de l’anthropocène qui est aujourd’hui la nôtre, l’humaine avait déjà trop outrepassé ses droits sur la nature, et s’il était trop tard ?

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« Aux frontières de l’humain »
Du 13 octobre 2021 au 30 mai 2022

Musée de L’Homme
17 Place du Trocadéro, 75016 Paris
De 11h à 19, ouvert tous les jours sauf le mardi
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