Après un premier album tout en grâce aérienne, Aurora pousse plus loin sa quête esthétique et sort Infection of a different kind (28/09). A mi-chemin entre Lorde et Youth Lagoon, entre Agnès Obel et Kate Bush, la jeune femme oscille entre une pop moderne (Forgotten Love) et une folk en dehors du temps (All is in soft inside). Un album féérique et sophistiqué, à l’image de la créature que nous rencontrons, un lundi aux senteurs d’hiver, dans un hôtel parisien.

Aurora est troublante. Assise sur un sofa de velours rouge, elle déguste, du bout de la cuillère, un gâteau dont la crème couleur framboise semble aussi aérienne que sa voix. Dehors, il fait froid : l’hiver s’est installé tout à coup à Paris et la chaleur de cette alcôve rouge et or ajoute un charme magique à l’interview. Fluette et malicieuse, Aurora murmure des réponses d’une voix flûtée et regarde à travers la verrière lorsqu’elle cherche ses mots. Ses mains s’agitent devant elle comme les ailes d’un oiseau. Au bord de ses paupières, elle a tracé des signes tribaux au maquillage orange : elle est un peu guerrière, un peu chamane.

Peux-tu m’en dire plus sur le titre de ton album : « Infection of a different kind » ?
Le mot « infection » est souvent négatif, mais j’aime l’idée qu’il porte aussi en lui quelque chose de positif. J’avais appelé mon premier album « All my demons » et c’est un peu la même chose avec celui-ci : j’aime changer la signification du mot et me l’approprier.

J’ai le sentiment que ton nom « Aurora » est en harmonie avec ta musique. Qu’en penses-tu ?
Une des choses que j’aime le plus, avec mon nom, c’est qu’il est presque symétrique. « Aurora » signifie beaucoup de choses, mais l’associe surtout à un nouveau départ. Je sais que mes chansons donnent l’impression d’être sombre ce n’est pas le cas ; il faut écouter les paroles et là, on se rend compte qu’il y a de la lumière. Je ne suis pas une grande fan des chansons tristes. Je ne pense pas que la dépression soit un truc inspirant, artistique, cool ou créatif. Ce n’est pas là-dedans que l’on trouve son identité, c’est juste fatiguant ; tu ne fais que dormir et rester au lit. Les gens romancent ça comme si c’était « une part d’ombre » mais moi, je n’en ai pas besoin. On peut faire tellement de choses quand on est heureux : on peut créer et devenir une ressource pour le monde. C’est tellement important de se sentir léger : j’aime l’idée qu’il y ait cette petite lumière dans mes chansons.

Justement, tu penses que cette lumière fait partie de l’esthétique des musiques « scandinaves » ?
En fait ça dépend d’où tu viens ! La musique est très importante pour réunir les gens et il y a une belle créativité en Scandinavie, surtout à Bergen, sur la côté ouest d’où je viens. Les capitales sont plus pop. Chez moi il y a quelque chose de spécial, c’est calme, il y a des montagnes, tu te sens libre….

Quelles histoires racontent ton album ? 
Une grande partie de mon album est politique, mais il y a aussi des chansons sur les choses tristes, que ce soit en amour ou en amitié. Je raconte souvent ce moment où tu vois que quelque chose de mauvais arrive et que tu ne peux pas revenir en arrière. Dans le monde aussi, il y a des choses que l’on ne peut pas arrêter. C’est un processus qu’on voit dans la vie personnelle et la vie politique. J’écris sur le fait de se battre dans la vie, de devenir fort. Si quelqu’un te traite mal, tu as le choix de le quitter, tu as le droit de te sentir mal et tu ne seras pas seul parce qu’il y aura plein de gens comme toi. Ce sont ces choses-là que je raconte.

Chanter en anglais est un choix esthétique ou politique pour toi ?
Je veux toucher le plus de gens possible. C’est ma raison principale, mais aussi parce que c’est une belle langue !

Qui sont tes artistes favoris en ce moment ?
J’écoute beaucoup Thomas Newman ou des musiques de films. Quand je suis en dehors des studios, j’aime le silence. Mais quand je prends l’avion, je lis et j’écoute de la musique en même temps. C’est pour ça que je préfère les musiques instrumentales ; cela laisse de l’espace pour ses propres pensées.


Qu’est-ce qui est important pour toi en dehors de la musique ?
Je crois que le plus important est de prendre soin de la planète. C’est notre seconde mère, elle m’inspire beaucoup et m’offre différentes formes de paix. J’aime l’idée qu’elle restera la même si on prend soin d’elle et de ses animaux, j’aime sauver ce que je peux sauver…..

Tu as une identité visuelle très travaillée, comment joues-tu avec cette image ? Quelle représentation souhaites-tu construire sur scène ou dans tes vidéos ?
C’est une grande partie du processus artistique, surtout dans les vidéos et je joue de plus en plus avec ça. Je suis toujours ma propre directrice : qui peut savoir ce que je veux à part moi ? J’adore jouer sur scène et j’ai la sensation d’apprendre vraiment, à ce moment-là, quel est mon rôle et mon métier. C’est super beau de rencontrer des gens et de m’ouvrir à eux, de leur dire qui je suis et de leur parler de leurs peines, de leurs combats à travers mes chansons.
Beaucoup de mes amis sont comme moi : timides et introvertis. Avec la musique, on peut s’épanouir ensemble. Les gens calmes ont beaucoup de choses à dire car ils sont beaucoup de temps pour penser. Ils en savent beaucoup sur les autres : si on écoutait un peu plus les gens introvertis, le monde serait différent. Imagine un président calme et introverti…

Saurais-tu qualifier l’énergie que tu ressens-tu sur scène ? Est-ce qu’il y a quelque chose de différent selon les pays ?
Avant d’entrer en scène, c’est en général la même énergie et c’est quelque chose d’indescriptible, que tu ne ressens jamais ailleurs. Sauf peut-être avant d’embrasser quelqu’un pour la premier fois. J’aime beaucoup jouer en France, surtout dans les festivals parce que je trouve les gens à la fois accueillants et explosifs, ils ont beaucoup d’émotion mais sont aussi très respectueux de la musique.

Tu as davantage l’impression de « donner » ou de « recevoir » cette énergie en concert ?
Tout dépend des fois. Parfois je dépense beaucoup d’énergie et je suis vidée après, mais je peux aussi puiser dans l’énergie du jour d’avant. C’est comme danser dans la foule : les gens dansent avec moi, on partage une énergie commune. Oui, c’est comme ça que je définirais un concert magique.

« The sea waves are my evening gown
And the sun on my head is my crown »

« Infection of a different kind » (28/09) disponible chez Glassnote
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Entre Paris et Rouen, j'explore les territoires de la culture et de l'écriture. Membre de la confrérie des roux, des adorateurs de bière et des passionnés de musique.