Réecriture du récit « Histoire de la violence », Edouard Louis et Thomas Ostermeier s’associent pour monter le texte en pièce de théâtre. L’auteur et le metteur en scène publient cette réécriture de l’histoire d’Edouard Louis pour la porter au théâtre.

Après avoir passé le réveillon de Noël avec ses amis, Edouard Louis rentre chez lui, et sur son chemin il croise Reda. Les deux jeunes hommes rentrent chez lui, tout semble aller pour le mieux jusqu’à ce que Reda braque et viole Edouard Louis. Après l’événement, s’ensuivent le récit, l’impossibilité de raconter et puis la confrontation avec les autres, les médecins, la police, la famille.

A la lisière entre le récit et la pièce de théâtre

D’abord écrit sous la forme du roman, le texte adapté garde une forme très littéraire et proche du roman. Dans sa forme, on reconnaît les caractéristiques du théâtre, mais dans le fond, cela reste très proche du roman original. Ecrit sous forme de grandes tirades qui alternent entre Edouard Louis et sa sœur, Clara, le récit se construit autour de ces deux personnages. « On s’adapte vite à la peur. On cohabite avec elle beaucoup plus facilement qu’on ne l’aurait prédit. »

Ce n’est pas une pièce classique pour autant divisée en actes, les longues tirades d’Edouard font avancer le récit, en faisant des aller-retours entre l’événement passé avec Reda et puis sa visite chez sa sœur. Le récit est contenu dans un long monologue du personnage principal, incarné par Edouard Louis. Les personnages entourent ce récit, en lui répondant ou bien en s’investissant dans son récit.

La tension dramatique est plus forte dans cette œuvre hybride. On ressent la théâtralité ajoutée au texte du roman publié en amont sous le titre « Histoire de la violence ». On peut y voir l’apport du metteur en scène, Thomas Ostermeier. La théâtralité ajoutée au récit donne encore plus de force au message contenu dans son récit : la violence. « Je ne pouvais plus voir un sourire ou entendre un rire, dehors, dans les rues, au parc, au café, partout, les rires transperçaient mes tympans et restaient bloqués dans mes oreilles. »

Une violence physique mais aussi sociétale

Comme toujours, Edouard Louis ne se contente pas de raconter une histoire. A travers son témoignage, il cherche une vision, il met des mots sur les maux de la société. Cette violence qu’il décrit est double. C’est d’abord la violence qui le touche, celle qu’il subit avec le viol dont il a été victime, mais aussi dans l’attitude de Reda à son égard. Puis cette violence s’étend, avec son témoignage auprès des médecins, auprès de la police et même de sa propre famille. C’est la violence du discours après celle des actes que décrit le personnage. Comment un événement aussi traumatisant le devient d’autant plus avec l’impossibilité de dire. Puis il y a aussi ceux qui ne nous croit pas, ou bien qui veulent à tout prix transformer cette vérité. S’ajoute à la violence du drame celle du discours que l’on reçoit. « Qu’est ce que le pouvoir si ce n’est cette machine à engendrer du mensonges, à forcer au mensonge »

Cette violence que dénonce Edouard Louis, c’est aussi celle de la société. Celle qui nous rend victime et celle qui nous rend coupable. Thomas Ostermeier est connu pour son théâtre engagé. En s’associant ainsi avec Edouard Louis sur ce texte fondamentalement engagé, c’est aussi sa voix qu’on entend. En adaptant ce texte au théâtre, ils portent tous deux une critique de la violence de la société, et de ce que cette violence fait aux gens. Comment elle transforme et comme elle se retourne sur les gens. « Les plus vifs souvenirs d’une vie sont toujours ceux de la honte. »

Un message fort et engagé, porté par une voix narrative, celle d’Edouard Louis. Un message nécessaire.

« Au coeur de la violence », Edouard Louis et Thomas Ostermeier, Editions Seuil, 160 pages, 14€