Quel pourrait être l’héritage de Jean-Luc Godard au théâtre ? Le metteur en scène Eddy D’aranjo en propose une vision subjective et déconcertante dans Après Jean-Luc Godard – Je me laisse envahir par le Vietnam. À voir au Théâtre de la Cité internationale jusqu’au 19 avril.

Écrit sur la feuille de salle, annoncé par la régisseuse et la scénographe qui accueillent le public, il n’est pas besoin de connaitre les films de Godard pour se repérer dans la pièce qui va être jouée. Cette dernière commence par mettre face à son propre reflet l’assemblée de spectateur.rice.s filmée et projetée sur un large écran blanc dominant la scène. Si ce ne sont ces réguliers éclairages des gradins, rappels du dispositif théâtral, la première partie n’a rien de très Godardienne. Sur scène une famille se retrouve pour faire face à la vieillesse et la décrépitude d’un oncle. Beaucoup de mots sont échangés sur une ritournelle répétée à l’envie. Est-ce pour rappeler l’attention sur scène, à la physicalité des corps présents que soudainement l’oncle réapparait nu et souillé de matière fécale ? Alors que ses proches tentent de lui redonner une dignité humaine, Godard semble bien loin. Reste à attendre patiemment que le jet d’urine qui soulage le grabataire se tarisse pour que la première partie se termine.

Cette performance d’un mélodrame familial terminée, l’acteur quitte son masque de vieillard. Dans une adresse directe aux spectateur.rice.s, le regard caméra du théâtre, il convie Godard. Tellement que ça en devient pédagogique. Après un rappel biographique, nous est exposé la différence fondamentale entre l’image argentique et celle numérique : entre trace d’un réel de l’une et création artificiel de l’autre. Puis l’acteur disparait pour réapparaitre sur l’écran et se lance dans une présentation de quatre photos prises clandestinement à Auschwitz-Birkenau, illustrations d’un réel qui a été capté et preuves irréfutables de l’extermination des juifs par le Troisième Riech. La scène vidée de ses comédien.ne.s et de ses décors, ne reste plus que ce contenu audiovisuel aux allures de vidéo youtube. Malgré la vérité de ce qui est montré, une frontière impalpable mais infranchissable semble s’être construite entre l’exposé et ses auditeur.rice.s. À trop voir l’image vidéo on en perd le théâtre (du réel).

Alors qu’il était difficile de savoir à quoi s’attendre avant de prendre place pour presque trois longues heures de spectacle, la pièce se quitte sans état d’âme. Étonnant comme des thèmes aussi universels que la vieillesse, la mort et la beauté peuvent ne pas trouver d’écho certaines fois. Peut-être ont-ils été trop remâchés et qu’il conviendrait de passer à l’après ?

« Après Jean-Luc Godard – Je me laisse envahir par le Vietnam »
écriture, conception et mise en scène Eddy D’aranjo
avec Majda Abdelmalek, Édith Biscaro, Clémence Delille, Nans Merieux, Volodia Piotrovitch d’Orlik, Bertrand de Roffignac et Léa Sery

au Théâtre de la cité internationale jusqu’au 19 avril.