Sur son nouvel album, Antoine Sahler chante avec humour et tendresse les affres de l’amour et du temps qui passe. Entre Souchon, Delerm et Katerine, l’auteur-compositeur s’impose comme l’une des plus jolies plumes de la chanson française actuelle.

Après deux premiers albums solo en 2002 et 2005, et deux livres-cd jeune public en 2013 et 2016, Antoine Sahler est de retour en 2019 avec un nouvel opus éponyme qui contient quatorze chansons et six interludes. Cet ami de l’auteur et comédien François Morel, avec qui il a collaboré sur de nombreux spectacles, se partage entre la composition de musiques de scènes, l’écriture de chansons pour les autres (Maurane, Juliette Gréco, Lucrèce Sassella, Juliette, Sophie Forte…), l’arrangement musical et l’animation de son propre label Le Furieux. C’est sur celui-ci qu’est sorti le 1er février son nouvel album, à la fois drôle et tendre, où la voix d’Antoine Sahler résonne avec malice et douceur, entourée de chœurs féminins mi-kitschs mi-célestes.

Antoine Sahler ©Aglaé Bory

A la croisée de Delerm, Souchon, Katerine…

En écoutant Merci merci, le premier single de l’album, on pense d’abord à Foule Sentimentale ou Putain ça penche d’Alain Souchon, deux titres sur la société de consommation, voire à la chanson Les Choses de Jean-Jacques Goldman. Si la thématique est proche et les comparaisons tentantes, il n’empêche qu’Antoine Sahler se démarque de ses aînés grâce à sa voix si reconnaissable, douce et enfantine, et sa musicalité particulière. Une basse très présente, marque de son amour pour le jazz, des choeurs légers et angéliques, une mélodie imparable, et un clip drôle et décalé. Il y a également dans son sens du détail et sa manière de conter des histoires un peu de Vincent Delerm. L’un avait son Chatenay Malabry pour parler de la solitude de la vieillesse, l’autre évoque à travers Versailles Chantiers la perte d’un parent, sans fard et sans tabou, comme une vérité crue et poignante : « Je voudrais tant que tu ne sois pas mort. »

Mais loin d’être sombre, l’album est émaillé d’interludes loufoques à la Philippe Katerine comme le premier Je suis triste qui parvient malgré son titre à nous faire sourire, le bref et tragique Et à la fin ou encore l’incongru La bouche pleine chanté comme son nom l’indique…la bouche pleine. Mais au-delà de ces petits clins d’oeil sympathiques, c’est surtout l’originalité des thèmes, la qualité des textes et l’harmonie musicale que l’on retient de cet album ciselé et savoureux, teinté d’humour et de mélancolie. 

Amour, vieillesse et monde 2.0

Sur la pochette de son album, Antoine Sahler semble attendre le médecin d’un air désabusé. Né en 1970, l’artiste a déjà dépassé la crise de quarantaine, et cette angoisse du temps qui passe ressurgit dans plusieurs morceaux, comme l’hilarant et inquiétant Sénescence bien sûr, mais aussi le plus léger Tout le monde est jeune, ou plus subtilement Leur amour perdure, observation attendrie de vieux amants qui appelle naturellement à se projeter… L’amour est d’ailleurs l’un des seconds thèmes-clés de l’album, un leitmotiv qu’Antoine Sahler traite toujours avec singularité (Elle fait des listes, Ton prétendant). Il aborde aussi la question du divorce et de la garde partagée dans Semaine B, un petit bijou d’écriture, ou encore la curiosité post-rupture à l’air des réseaux sociaux dans Un peu de ta vie : « Sur l’écran je te suis / Sans bouger d’ici / J’ai quelques nouvelles / Puisqu’on reste amis…virtuels ».

Avec des mots simples, Antoine Sahler va chercher des sentiments complexes, sonder les coins sombres de l’âme humaine, exposer ses angoisses et ses aspirations, ses rêves comme dans l’excellente D’ailleurs, en laquelle tout citadin en mal de nature se reconnaîtra… L’originalité des thèmes, les jeux sur les mots, les sonorités et l’attention portée à la musicalité des morceaux, brillamment arrangés, font de cet album l’une des plus belles surprises de 2019. On s’attache inévitablement à Antoine Sahler et à son univers de vieil enfant tristement drôle. Nul doute que cet opus « neurasthénico-comique » tournera encore dans nos têtes un bon moment…

Antoine Sahler © Aglaé Bory

Antoine Sahler, album disponible depuis le 1er février 2019.
En concert au Théâtre des Déchargeurs à Paris du 28 mai au 1er juin.
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