Que signifie être peintre en 2018 ? À l’heure où la génération millenial entre progressivement sur le marché du travail, la jeune artiste peintre Anne-Camille Hubrecht raconte son envie et son besoin d’exercer la peinture à travers son époque. 

Adepte du pinceau depuis son enfance, cette jeune artiste dit puiser son inspiration dans la vie de tous les jours à travers les images qui rythment son quotidien afin de proposer, dit-elle, un regard sur les combattants ordinaires. Pour se faire, Anne-Camille Hubrecht tente de fixer une émotion éphémère en travaillant les différents effets de la matière et de ses mouvements à travers un jeu de contraste de couleurs vives néanmoins appuyés par la force du noir. Le choix de l’acrylique, les coulées, le dripping et autres jets de peintures viennent servir la spontanéité de ses oeuvres grâce à la superposition des couches. 

Anne-Camille Hubrecht : « Laisser un témoignage de notre passage dans l’Histoire »

© Anne-Camille Hubrecht

Untitled Magazine : Dans votre travail on remarque rapidement l’omniprésence du corps, des visages, de l’être humain… En quoi ces thèmes vous tiennent-ils à cœur ?

Anne Camille Hubrecht : Du plus loin que je me souvienne, je ne peux pas m’empêcher d’observer les personnes, les anonymes, et de décortiquer la diversité des physionomies. C’est une observation automatique. Mais il y a autre chose. Modigliani disait à Jeanne Hébuterne « Quand je verrai ton âme, je peindrai tes yeux ». Je crois qu’il y a quelque chose de cet ordre là aussi. J’essaye de capturer cette vibration humaine, propre à chacun, que ce soit dans un regard qui captive ou un corps en mouvement. Une âme vivante.

Outre « l’aspect humain » présent dans vos tableaux, quels autres éléments lient vos travaux ?

L’énergie bien sûr ! J’ai commencé à l’exprimer en dessinant, lorsque j’étais enfant, des chevaux fougueux. Ça ne m’a jamais quittée. Selon l’inspiration du moment, je cherche à traduire une force dans mes différents thèmes de prédilection que sont les portraits, les danses érotiques, la sensualité féminine et la virilité masculine. Je travaille les effets de matières et de mouvements, le jeu de contraste de couleurs vives, appuyé par la force du noir, toujours très présent dans mes compositions.

Pour parvenir à retranscrire au mieux vos émotions sur une toile, la technique de peinture utilisée a-t-elle son importance ?

Oui évidemment. L’acrylique permet des superpositions de matières en couches épaisses qu’on peut appliquer à intervalles très courts puisque ce médium sèche très vite. Cette technique de travail permet de capturer l’émotion tout de suite, car elle marque la tonalité de mon interprétation. Les coulures, le dripping et les jetés de peinture soutiennent cette spontanéité. J’ai le projet d’étendre mon champs de créativité avec d’autres médiums. Je suis sûre qu’une belle énergie sortirait à la bombe sur une façade urbaine par exemple.

© Anne-Camille Hubrecht

D’ailleurs, à partir de quand un peintre peut se dire « mon tableau est réussi » ?

Je dirais plutôt : à partir de quand on se dit qu’il est « terminé », qu’il ne faut rien ajouter. Au début je cherchais à être le plus fidèle possible au modèle de façon académique, au plus proche de la réalité. Mais ce n’est pas de reproduire le plus petit détail qui permet de traduire l’émotion que le sujet suscite en moi. Dès que je sens que cette sensation est atteinte, je m’arrête.

Au-delà de votre propre passion, qu’est-ce qui inspire un peintre aujourd’hui ? Qu’est-ce qui fait que cette inspiration dépasse le simple loisirs pour devenir un métier ? 

J’ai BESOIN de peindre et ensuite de partager ma production. Je cite Agnès Varda : « L’art est une trace spontanée qu’on laisse sur terre, on essaye de donner un sens à une vision du monde que l’on partage ». Ça n’est pas l’inspiration en tant que telle qui fait que je fais de la peinture mon métier. C’est le sens de ma vie.

Quelle est justement selon vous, la place du peintre dans notre société du XXI ème siècle ? Est-elle moins importante ou au contraire plus importante qu’auparavant ? 

Depuis que l’homme est homme, l’art existe. Des peintures rupestres jusqu’à aujourd’hui, et même demain, le fait est que l’homme cherchera toujours à s’exprimer. Les styles évoluent, les médiums d’expression de diversifient et se répondent : le cinéma, la photo, la danse… La peinture est aussi intemporelle que messager de l’Histoire. Même si elle a dépassé sa fonction première de la représentation de l’homme et de la nature, le peintre restera un filtre de son époque. »Rien ne se perd, rien ne se crée et tout se transforme« , disait Lavoisier. Il n’est pas question d’imaginer révolutionner la peinture aujourd’hui, je crois qu’aucun peintre ne prétendra à cela, mais de continuer à faire grandir l’édifice de l’humanité. Laisser un témoignage de notre passage dans l’Histoire.

© Anne-Camille Hubrecht
© Anne-Camille Hubrecht
© Anne-Camille Hubrecht
Anne-Camille Hubrecht © Eric Bernaville

Retrouvez Anne-Camille Hubrecht tout l’automne dans différents salons en France : Salon de Sainte-Maure de Touraine du 15 au 30 septembre – Festival de la Culture de l’Essonne à Chamarande le WE du 15 et 16 septembre – Salon de Châtillon Montrouge du 6 au 13 octobre – Salon de Cholet du 14 au 21 octobre – Salon de Thionville du 10 au 18 novembre – Salon de Méréville (ma ville) du 17 au 27 novembre où je serai invitée d’honneur – Expo à LA RUE, espace culturel à Mandres-les-Roses du 7 au 28 novembre – Galerie Matières d’art (Paris 3e) en novembre et décembre.

Pour plus d’informations, rendez-vous sur le site internet d’Anne-Camille Hubrecht ou sur son compte Instagram.

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