Le dessinateur Joseph Falzon et le scénariste Thomas Cadène signent la bande-dessinée Alt-Life parue aux éditions Le Lombard. Une plongée dans un monde virtuel où chaque fantasme se réalise, pour le meilleur et pour le pire.

Josiane et René sont deux humains du futur, sélectionnés parmi tant d’autres pour tester la version bêta d’un monde virtuel où leur cerveau n’a qu’à souhaiter une chose pour l’obtenir. Entre Matrix, Westworld ou Ready Player One, Thomas Cadène et Joseph Falzon signent avec Alt-Life une BD de science-fiction originale qui fait la part belle à l’érotisme, pour mieux interroger nos pulsions et ce qui nous définit, nous, en tant qu’humains. Un monde où tout est possible, accessible,  est-il souhaitable ? L’homme peut-il s’épanouir dans un univers où rien n’est à conquérir puisque tout est acquis, et où la douleur, les odeurs, la fatigue n’existent pas ?

Une bande-dessinée charnelle…

Naturellement, le sexe vient vite à l’esprit de nos personnages, et si Josiane se livre sans mesure aux fantasmes les plus oniriques et aux orgies, René, lui, tergiverse et ne parvient pas à lâcher prise. « C’est trop bizarre », se répète-t-il… Les nombreuses scènes érotiques qui parsèment les aventures des deux héros donnent lieu à de véritables visions fantastiques où les corps s’enlacent et se perdent dans le cosmos, au fond de l’eau, à Versailles et même dans des tableaux… Si l’imagination de Cadène semble ne connaitre aucune limite, le trait de Falzon s’exprime dans toute sa justesse et sa virtuosité à travers des visions fantasmagoriques riches et colorées. Mais ces scènes de sexe, où l’une se perd et l’autre se cherche, ne sont finalement qu’une porte d’entrée vers une réflexion métaphysique beaucoup plus complexe et profonde, et qui fait particulièrement sens aujourd’hui.

…et philosophique

La thématique du monde virtuel est particulièrement appréciée par les auteurs de science-fiction, mais celle-ci ne date pas d’hier. La remise en cause de la réalité de nos sensations et de l’existence du monde qui nous entoure était déjà l’un des axes de réflexion de Descartes dans ses Méditations Métaphysiques au XVIIe siècle… Et de comprendre pourquoi notre personnage principal se prénomme aussi « René ».

Dans le monde d’Alt-Life, il ne s’agit pas de chercher les preuves de l’existence de Dieu, mais bien de le devenir : être le démiurge de son propre monde, créer son décor, ses habitants, choisir ses plaisirs et réorganiser son temps. Mais si René parvient à bâtir son propre monde dans le monde, c’est pour y retrouver sa condition d’homme, si essentielle pour retrouver goût à la vie, et pour donner du sens à son existence.

Cette vie alternative qui semble si réelle trouve un écho effrayant avec celle que nous menons au XXIe siècle, à une époque où les nouvelles technologies et les réseaux sociaux permettent de vivre à travers un écran. Qu’est donc cet avatar qui chatte, like, suit, devient ami ou publie en ligne, si ce n’est notre double virtuel dans cet univers parallèle et bien présent qu’est le web 2.0 ?

Alt-Life est un livre fascinant qui éveille les sens et la conscience. Un fourmillement de questions et de références, d’étrangeté et d’humour, de malaise et de beauté qui font de cette BD une oeuvre décidément à part, détonnante et intrigante.

Alt-Life, de Joseph Calzon et Thomas Cadène, éditions Le Lombard, avril 2018, 20€.

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Journaliste, curieuse et amoureuse des mots, j'aime partager mes découvertes musicales et artistiques sur la toile.