Plus de 30 ans après le début de l’affaire Grégory, l’avocat de Bernard Laroche publie un livre dans lequel il combat les idées reçues et livre ses anecdotes mais aussi des informations inédites.

Jacques Corazzi et Etienne Sesmat, Laurence Lacour ou encore le juge Lambert, tous avaient déjà partagé avec le grand public leur vécu sur l’affaire. Mais il en manquait un, l’avocat Gérard Welzer. Personnage incontournable de l’affaire, il n’a jamais voulu prendre sa plume pour publier la moindre ligne.

Alors que la Cour d’Appel de Dijon procédait à de nouvelles mises en examen, Gérard Welzer, l’avocat de la famille Laroche, investi dans le dossier depuis le début a décidé de sortir un livre afin selon lui de « mettre les choses au point ». C’est après plusieurs mois de travail avec Jean-Louis Antoine, ancien journaliste de l’Est-Républicain, que l’avocat vient de finir un livre de 250 pages. L’ouvrage recence tous les écrits qu’il couchait sur papier depuis plus de vingt ans.

Une vérité dérangeante

23 octobre 1984, le petit Grégory est retrouvé les mains et les pieds liés, à 7 kilomètres de chez lui, dans la Vologne, rivière bien connue du département des Vosges. Trente-trois ans après, l’affaire Grégory continue de déferler dans les médias. Ce fait divers du siècle – jamais élucidé – a connu de multiples rebondissements, et ce jusqu’en juin dernier. Grégory, Bernard Laroche, le juge Lambert et la Justice, l’affaire a déjà fait quatre victimes.

Alors que Gérard Welzer obtient la libération de son client, Bernard Laroche, en mars 1985, Jean-Marie Villemin tue son cousin Bernard Laroche, principal suspect de l’enlèvement de son fils. Les soupçons se dirigent alors vers sa femme Christine, qui sera finalement innocentée en 1993. Mais en juin 2017, l’enquête reprend de plus belle après la mise en examen de plusieurs membres de la famille, s’intéressant plus particulièrement à des proches de Laroche, Marcel et Jacqueline Jacob, et à Murielle Bolle. Très critiqué pour sa gestion du dossier, le premier juge d’instruction en charge de l’affaire, Jean-Michel Lambert, se donne la mort en juillet 2017.

C’est dans les années 90, alors que les médias propageaient de nombreuses idées reçues, qu’il a décidé de relever toutes les incohérences de l’affaire mais aussi son vécu dans ce dossier afin de « défendre la mémoire d’un homme mis en cause dans cette affaire et sorti par les armes depuis le 29 mars 1985 ».

Dans cet ouvrage, l’auteur s’attarde sur ce qu’il appelle le syndrome de la Vologne : « Une malédiction s’abat sur les protagonistes du dossier : la famille du petit Gregory, mais aussi les magistrats, les avocats, les enquêteurs, les journalistes ». Trente-trois après, les protagonistes de l’affaire semblent revivre la même horreur… et le déferlement médiatique n’a pas cessé. « Relayés par Facebook, retweetés fébrilement, ces développements soulèvent la curiosité de centaines de milliers d’internautes ». Alors que le juge Lambert s’est donné la mort en juin dernier, la France entière est replongée dans un climat toujours épouvantable autour de la Vologne. « Des millions de Français vont refaire l’enquête ». Une enquête qui depuis trente-trois ans fait planer un sentiment de gâchis et de tristesse. Ici, Gérard Welzer rend aussi hommage à sa cliente, une femme courageuse qu’est Marie-Ange Laroche. Arrestation ultra-médiatique, assassinat de Bernard Laroche sous ses yeux (et devant son enfant), accablée de tous les malheurs, elle reste pour lui une survivante… celle que la Vologne épargne encore.

Relation médias et justice

La quatrième victime de ce sordide fait-divers, c’est bien la Justice. En mai 2002, la cour d’appel de Versailles fera condamner l’Etat pour faute lourde, en faveur de la famille Laroche. Cela soulignera « le manque total dans la maîtrise et la conduite de l’enquête et de l’instruction ». Mais le plus important – pour la famille – c’est qu’elle pointe le fait que « durant toutes ces années, la mise en cause de Bernard Laroche perdure au mépris de sa présomption d’innocence ». C’est un point primordial pour l’avocat, défenseur de Bernard Laroche, explicitant « qu’il a été gratuitement mis sur le gril ». Même après sa mort, et alors qu’il n’était plus représenté par quiconque, les événements de 2017 ont relancé l’affaire mettant une fois de plus Bernard Laroche sur le banc des accusés.

Face à cette catastrophe médiatique et judiciaire, Gérard Welzer s’interroge sur les relations qu’entretiennent médias et justice. Comment permettre à la presse d’informer tout en respectant le secret des affaires ? L’auteur affirme qu’une médiatisation est primordiale et qu’elle permet justement de protéger les citoyens. Mais pourquoi ne pas imaginer un code de bonnes pratiques ? Ce qui permettrait un équilibre entre les faits, la relation avec le public et le travail des enquêteurs et des magistrats.

L’affaire Grégory ou la malédiction de la Vologne, Gérard Welzer, Edition l’Archipel, 18 euros

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Journaliste et fondatrice de untitledmag.fr Contact mail : m.heckenbenner@untitledmag.fr