2018 marque enfin le grand retour d’Adrienne Pauly dans les bacs avec son nouvel album À vos amours, disponible dès le 19 janvier sur le label Because Music. Un opus aux accents rocks et féministes, parfaitement dans l’air du temps.

Souvenez-vous en 2016, nous avions assisté au grand retour sur scène d’Adrienne Pauly après neuf ans d’absence… Son concert à La Maroquinerie nous avait charmés, et nous attendions avec impatience son nouvel album, À vos Amours, sorti ce 19 janvier 2018.

Une interprète à part

Douze ans se sont écoulés depuis la sortie du premier album éponyme d’Adrienne Pauly qui lui avait valu deux nominations aux Victoires de la Musique et la reconnaissance de la critique et du public. Depuis, on l’a croisée au cinéma chez Chabrol ou Mocky, et à la télévision dans quelques téléfilms et émissions comme Taratata où elle avait chanté La Javanaise de Gainsbourg en duo avec Bernard Lavilliers.

2018 sera donc une année musicale pour Adrienne Pauly. Son clip L’Excusemoihiste, avec Catherine Laborde, est une vidéo réjouissante et décalée où l’on retrouve tous les charmes de cette interprète à part. Une jeune fille de 40 ans, cheveux noirs et blouson en cuir, une taille de guêpe et une voix écorchée ; une rockeuse à la langue bien pendue mais vulnérable, un peu paumée, un peu fragile, qui cache sa sensibilité sous une impertinence bien trempée… Un univers enfin qui détonne et enchante, à l’image de ce nouvel opus.

Adrienne Pauly, © Yann Orhan

Un album féministe ?

A l’heure où les femmes s’interrogent sur les questions du harcèlement, du puritanisme et de la liberté ou non d’importuner, l’album A vos amours d’Adrienne Pauly arrive à pic pour nous livrer le portrait d’une femme complexe qui nous ressemble par ses aspérités et ses aspirations, ses erreurs et ses doutes.

Le disque s’ouvre avec Tout l’monde s’éclate, un morceau entrainant dans lequel « Tout l’monde s’emmêle, se roule des pelles »… Une orgie dont la chanteuse se sent exclue pour finalement livrer ses lèvres à un inconnu dans une Mercedes… Un égarement, une violence ou un simple désir passager ? Mais « Tout l’monde attend un rêve un jour / Un bout de roman, un accident… » Et les fêlures se transforment vite en chansons chez Adrienne. J’veux tout, j’veux rien, ressemble à la suite de son tout premier succès, J’veux un mec. Sauf que cette fois, les déceptions accumulées ont brouillé les pistes et l’on n’est plus sûr de rien…

Pour autant, les hommes ne sont pas les seuls dans le collimateur de la chanteuse. Après avoir fait L’Amour avec un con dans son premier album, Adrienne fait cette fois-ci le portrait de La Conne, agaçante et faussement libre. Un autre portrait de femme est dressé dans L’Excusemoihiste, dont on avait déjà remarqué l’inspiration gainsbourgienne (L’Aquoiboniste, 1978). Ici, Adrienne révèle une autre facette de sa personnalité, celle de « l’affabulatriste », qui combat sa timidité et ses velléités : « En rêve tu me tentes / Mais la vie est si méchante »…

Avec La Bête qui est en moi et Amours Passionnelles, Adrienne semble vouloir barricader son cœur. La bête, c’est l’amoureuse, celle qui « n’a pas de tête » car elle « n’a que toi », celle que l’on refoule et que l’on raisonne mais qui reprend l’avantage. Les Amours Passionnelles, qui nous avait marqués en live, est une ode aux amours libres et passions évanescentes, sans doute moins décevantes.

Adrienne Pauly, © Yann Orhan

Ciao le mec, bonjour maman

Grande gueule effarouchée, Adrienne Pauly livre un album parfois drôle, toujours sensible. Sa plume aiguisée fait des merveilles sur des arrangements pop-rock, teintés d’électro 80’s (La Conne) ou de rythmes de bossa nova (C’est Toujours), le tout interprété avec force et précision, et l’on reconnaît ici ses talents d’actrice (Un truc qui déconne). Pourtant, à force d’exploiter la même thématique, les chansons se répètent et peinent à se démarquer. L’Excusemoihiste, grâce à son néologisme savoureux semble au-dessus de la mêlée, mais c’est surtout le dixième et dernier titre qui marque et émeut.

Après avoir chanté ses amours déçues, ses désillusions et ses aspirations libertaires sur neuf titres, la chanson Juste Un Moment est un vrai moment de grâce. Féministe, l’album l’est aussi par cet hommage à la mère, le seul amour durable et qui en vaille la peine. Un thème périlleux qui pourrait flirter avec la niaiserie, mais qu’Adrienne aborde avec grâce et subtilité. Ses mots délicats et pudiques sonnent comme une déclaration sincère, tout en retenue, à cette maman qu’elle admire : « Ton armoire pleine de fringues / Tes talons pour marcher / Une clope en guise de flingue / Un coup de rouge et j’m’en vais te retrouver… ».

Sur la pochette de l’album, Adrienne Pauly tient un rouge à lèvres en guise de clope. On croit savoir d’où elle tient cette impertinence de brandir le féminin avec autant de fierté. L’époque du « J’veux un mec » semble bel et bien révolue…

Adrienne Pauly, album A vos Amours disponible dès le 19 janvier 2018 (Because Music).
Page FB / Site Officiel
Adrienne Pauly sera en concert à La Maroquinerie à Paris le 19 mars 2018.

SHARE
Journaliste, curieuse et amoureuse des mots, j'aime partager mes découvertes musicales et artistiques sur la toile.