Quelque part entre la pop électrique et la synth-wave, Beach House livre « 7 », un septième album qui prolonge la rêverie entamée dix ans plus tôt. Nimbés du même aura mystérieux, Victoria Legrand et Alex Scally restent pourtant sur des sentiers qu’ils connaissent bien.

Mais où sont passées les neiges d’antan ? 

Ecouter un album qu’on attend avec impatience est toujours un drôle d’exercice. Partagé entre le constat maussade que « c’était mieux avant », et la tranquillité de voir que finalement, peu de choses ont changé, on est souvent dubitatif. Comme si finalement, il fallait laisser couler un peu de temps. Comme s’il fallait rompre avec nos habitudes d’écoute pour laisser place à la nouveauté. Et surtout, surtout, renoncer à se fonder trop tôt un avis sur la question. C’est à ce moment-là que se tisse quelque chose. A ce moment-là qu’on est prêt à l’écouter – pour de bon.

Plénitude  

« 7 » se révèle d’emblée plus sobre que les précédents albums. Moins de synthé, moins de paillettes : le graphisme en noir et blanc de la pochette annonce la couleur. Pourtant, Beach House cultive son identité onirique avec des titres qui entrelacent nappes d’orgues, voix éthérées et guitares saturées. A défaut de décortiquer tout l’album, quelques titres dessineront un sentiment d’écoute générale.

Un instant hypnotisant en regardant la vidéo de Dark Spring. Avec ce titre, Beach House livre un clip peuplé de fleurs sombres et de lumières floues qui rappellent les clichés de Robert Mapplethorpe. Un instant de surprise avec L’Inconnue. Dans ce morceau tout en jeux d’échos et dentelles synthétiques, Victoria Legrand essaime quelques paroles en français. Un hommage à ses origines ? Un instant d’extase avec le refrain de Drunk in L.A qui propulse dans des sphères musicales où les voix cristallines flirtent avec un jeu de guitare parfaitement maîtrisé. Un instant de plénitude avec Lose your smile, jolie balade au son moins saturé que les autres titres, qui laisse la part-belle à la voix et évoque un peu Walk in the park.

« Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept / Toutes les filles ne sont pas prêtes
Vers l’Eglise et la Seine / Tous les cœurs et toutes leurs peines
Petite ange et l’inconnue / Sainte, la pute et l’ingénue » (L’Inconnue)
Difficile de dire quel a été le meilleur album de Beach House. Ils se ressemblent beaucoup, se confondent souvent. Bloom ? Teen Dream ? On recherche des infimes variations au poids de la légèreté qu’ils procurent. Avec « 7 », Beach House livre un album en clair-obscur qui se révèle d’une immuable beauté. Et si le groupe de Baltimore se renouvelle peu, le charme continue d’opérer.

« 7 », (PIAS) disponible depuis le 11 mai 2018. 
En concert le 15 octobre à la Maroquinerie. 
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Entre Paris, Leipzig et Rouen, j'explore les territoires de la culture et de l'écriture. Membre de la confrérie des roux et des passionnés de musique.