Jusqu’au 23 décembre, le théâtre des déchargeurs présente la pièce L‘art de Suzanne Brut, un monologue touchant sur l’art comme moyen de pâlir à la solitude.

Suzanne est seule sur scène comme elle l’est dans la vie. Dans un asile des années 1940, dans le fond du Périgord, elle parle de ses jours et de ses nuits, de ses croyances et de son art. Une plongée dans la psyché tourmentée par la solitude, le manque, l’absence et les horreurs. La comédienneMarie-Christine Danède, porte brillamment un texte touchant, délicat, où les temps se confondent et où le lourd poids des drames personnels fait rage.

L’art comme langage

Suzanne l’avoue tout de suite, elle ne sait pas parler. Cela se comprend, elle a très vite arrêté l’école. Ses parents avaient besoin d’elle pour travailler à la ferme. Elles étaient deux filles, Marcelle sa sœur, très belle, et elle, Suzanne, à qui sa mère témoignait peu d’affection, la laissant dans un vide émotionnel. Aujourd’hui les choses sont restées les mêmes. Personne ne lui parle vraiment, tout le monde la pense « toquée« . Et c’est ce qu’elle est, toquée. Muette, elle s’exprime par la peinture. « Ses bois » elle va les chercher dans le chantier d’à côté, ses peintures elle les fabrique avec de vieux pots séchés et des mélanges qu’elle adore faire. La nature lui offre tout ce dont elle a besoin. Elle nous raconte comment elle joue avec les scarabées et les araignées. Elle tient tant à son jardin.

L’art comme exutoire

La lourde solitude s’estompe quand sainte-Jeanne et Sainte-Marie viennent la voir. Elle leur fait la conversation, elle se livre et c’est par ce discours intérieur d’une transparence presque candide que nous accédons à ses maux. La reconnaissance qu’elle témoigne à ces saintes qui prennent le temps de plaisanter avec elle, est à la hauteur de la sincérité de ses sentiments. Tout cela, Suzanne le couche dans ses peintures. Elles servent de témoignage, de testament, de sublimation. Là, dans ces paroles interprétées, pourrait bien résider toute la définition de l’art : un moyen de dire sans dire, d’outrepasser le langage et de jeter les tourments hors de soi.

C’est drôle, c’est intemporel, c’est vrai, c’est touchant, c’est beau : cela pourrait être une définition l’art brut.

Crédits : Jean-Louis Ferdinand

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L’art de Suzanne brut de Michael Stampe
Du 31 oct 2017 au 23 déc 2017 au théâtre des déchargeurs, 3 rue des déchargeurs, 75003 Paris
Mardi Mercredi Jeudi Vendredi Samedi à 19h30, 1h15

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Rédactrice en chef de la section art - La tête en l'air, les yeux droit devant, le cœur accroché, la main vive, la langue déliée et l'amour de l'art, toujours.