Morgan Courtois s’inscrit dans la lignée de ceux qui, à l’émergence de l’art nouveau, se fascinaient pour la botanique. Fervent lecteur, il se passionne pour le monde du vivant. S’il cherche dans les pages d’ouvrages scientifiques ce qui donne à la nature ses raisons d’être, c’est un monde poétique à l’esthétique sensible que ses œuvres traduisent. Focus sur ce jeune artiste qui mêle céramiques, design, art, botanique et qui vient de gagner le prix Meurice.

Sleep, 2016 plâtre, technique mixte 220 x 50 x 26 x cm

Retourner aux sources et faire fi du temps

Capter un instant, une effervescence et une essence semblent être les mots d’ordre de l’inspiration de Morgan Courtois. Le temps, insaisissable, est la matière qui transpire littéralement de ses plâtres et de ses résines. L’odeur est employée comme l’est la peinture : elle permet l’expérience esthétique et y participe. Elle offre, de par l’effervescence de sa forme, un arrêt furtif sur un émois particulier. Cette question du temps qui se fige plastiquement tout en évoquant sa fuite, les peintures du XVIIeme siècle la matérialisait dans les Natures Mortes. Morgan Courtois, lui préfère sa dénomination anglaise « Still life » qui joue sur une dimension infinie. C’est par cette terminologie qu’il nomme ses productions de plâtre. Le monde organique qu’il modélise confronte une sorte de réactivation des supports de poterie classique à une actualisation des matières et, de fait, des propos portés. Dans les jarres où se mêlent fleurs séchées et secs branchages, c’est toute l’histoire de la figuration de la nature qui est convoquée. Une convocation qui s’établie dans une observation et une reproduction objective du réel. L’histoire plastique, certes, mais également celle philosophique et presque ancestrale qui oppose l’homme et sa civilisation à ce que la terre a offert de plus précieux.

G : plâtre, techniques mixtes copyright Aurelien Mole – D : Still life XXIII, 2017, Plâtre, bâche, résine et divers matériaux. Sans le socle (effectif juste pour la hauteur): 60 x 76 x 159,5 cm

Les odeurs de Nature

Si Jean-Jacques Rousseau refusait l’univers culturel et technique pour lui préférer la primauté primitive, Morgan Courtois se pose dans un entre-deux où l’homme et la nature trouvent chacun leur place. C’est ce que l’on imagine du jardin -particulièrement celui dit « à l’anglaise »- où les statues à figure humaine se sentent libre de côtoyer les fleurs sauvages. Ces fleurs sont présentes aussi bien physiquement qu’olfactivement dans les installations de l’artiste. Elles diffusent des odeurs issues de macérations, de récupération (eau de la Seine, fleurs volées dans un rond point…). Les effluves végétales renvoient à la médecine ancienne où elles influençaient les métabolismes intérieurs. Les plantes étaient alors synonymes de drogues et de poison, leurs émanations participant d’un effet physiologique. Cette dualité qui réunit cure et maladie, l’artiste la met en suspend, comme le sont les molécules odorantes. Le choix n’est pas à faire puisque dans ces contrastes extrêmes pourrait se retrouver un échantillon du monde.

G : copyright Morgan Courtois, collection de l’artiste- D : Still life XVIII, 2015 plâtre et technique mixte 100 x 40 x 40 cm

Les pièces de Morgan Courtois sont à envisager dans un ensemble qui dépeint la vie dans la forme la plus pure qui soit. En collectant, en glanant, en réunissant ce qui façonne le monde qu’il cueille à pleines mains, l’artiste prolonge et fixe des instants que le temps, d’usage, avale.

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Rédactrice en chef de la section art - La tête en l'air, les yeux droit devant, le cœur accroché, la main vive, la langue déliée et l'amour de l'art, toujours.