Le Musée de la Chasse et de la Nature est un lieu étrange et paradoxal. Il rappelle les maisons de maîtres du XIXème siècle qui, dans les campagnes profondes, collectaient à leurs murs, têtes naturalisées de cerfs et peintures de chasse. Sombres, les amas de tableaux à l’encadrement doré renferment pourtant une véritable passion animale et un profond respect de la nature. Étrangement, la bête y est magnifiée et l’homme lui témoigne une affection impossible à contester.

Doux arômes et délicates senteurs

Ce témoignage, le parfumeur Antoine Lie, l’a mis en odeur. Quatre essences pour quatre espaces. Dans le cabinet de Diane, les senteurs de forêt sont enveloppantes. On y retrouve des accords de mousse de chêne et de humus qui rappellent la moite pureté du végétal. Dédiée à la déesse de la chasse, cette alcôve où chouettes et hiboux nous toisent du regard, renvoie à la puissance de la nature, fière et essentielle. Plus loin, c’est le mystère du charme qui est appelé. Dans le cabinet de la licorne, le parfum se révèle dans toute son ambiguïté. Appuyé par une effluve principale d’Iris, il évoque l’ambivalence du charme séducteur et de la magie, dualité qui a longtemps défini le principe même du parfum. Dans le cabinet du cheval, c’est l’ambiance réelle d’une écurie qui s’anime : odeur de crin, de foin et de crottin. Et pour finir, c’est le feu, chaud et fumé, qui tonne dans la salle d’Armes.

G : Salle d’armes – D : Cabinet de Diane © Sophie Lloyd

Un nouveau souffle pour l’art contemporain ?

Cette nouvelle manière d’envisager l’art est difficile à manier. L’odeur est indépendante, volatile et subjective. Ses effluves se doivent d’être mesurées et le dosage est ici compliqué. Doux, il accompagne la collection, se proposant comme l’apparat des œuvres présentées. Il flotte, presque imperceptible, s’extirpant d’une menace entêtante. Si le créateur offre des indications sur la nature et sur l’imaginaire qui lui a permis la création des parfums, il reste néanmoins flagrant que ces odeurs sont, toutes entières, interprétées par celui qui les sent. La subjectivité est totale et c’est bien ce qui fait la force de l’odorisation des espaces. Le lieu prend vie, éveille un sentiment étrange et inconnu, pour plonger le spectateur dans une autre dimension : celle d’un rêve éveillé.

Allez-y, l’expérience se fait par le corps et aucun mot ne peut fidèlement en rendre compte.

PicMonkey Collage
Cabinet cheval © Luc Boegly

En plus de cette expérience aussi géniale que singulière, vous pouvez retrouver, au Musée de la Chasse, les sublimes œuvres de Lionel Sabatté, les céramiques et peintures de Marlène Mocquet, et la collaboration de Roger Ballen et Hans Lemmen.

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Le sentiment de la licorne, jusqu’au 28 mai 2017
Musée de la Chasse et de la Nature, 62, rue des archives, 73003 Paris
Plein tarif : 8€, tarif réduit : 6€