Avec sa culture américaine, sa jeunesse, sa notoriété et son sens de la communication, Benjamin Millepied a voulu bousculer la prestigieuse institution qu’est l’Opéra National de Paris. Le tout nouveau chorégraphe a choisi ses danseurs dans le corps de ballet. Ni étoiles, ni premiers danseurs ne sera présents sur scène. Il écoute au casque la musique composée par son ami, le jeune Américain Nico Muhly. Il filme avec son téléphone, dans un miroir, ses recherches de mouvements puis les retranscrit dans un cahier.

Son ballet « Clear, Loud, Bright, Forward » va être ainsi pensé, griffonné, esquissé, dansé. Benjamin Millepied a accepté que les réalisateurs Thierry Demaizière et Alban Teurlai le suivent, pas à pas, au cours de son travail créatif, de la conception aux répétitions jusqu’au soir de la première.

L’opéra de Paris nouvelle génération

« J’ai entendu ici, très clairement, qu’on ne mettait pas un danseur de couleur dans un ballet. Car ce serait une distraction pour le public. On ne verrait alors que lui ». Face aux pensées et aux mots (maux) de ces institutions vieillissantes « à la limite du racisme », Benjamin Millepied tente de faire évoluer l’Opéra de Paris. Fraichement débarqué des États-Unis, il est nommé directeur de la danse après le départ de Brigitte Lefèvre, alors aux commandes depuis plus de vingt ans. Lors de sa première année, Benjamin Millepied donna pour la première fois un rôle d’étoile à une danseuse métisse dans un ballet du répertoire classique. Comme la preuve que toute institution, aussi prestigieuse soit-elle, se doit de se muer avec son temps.

C’est le travail qu’ont voulu montrer les deux réalisateurs du documentaire, Thierry Demaizière et Alban Teurlai. En quoi le nouveau chorégraphe peut-il apporter un renouveau grâce à sa fraicheur, son regard moderne, sa culture…

Un documentaire en immersion

À travers la création de son nouveau ballet, on découvre comment Benjamin Millepied entend révolutionner son art. « On doit prendre exemple sur la société. Comment changer notre public si on n’arrive pas à proposer un ballet où ce même public se reconnaît ? » s’interroge-t-il dans le film. Il incorpore alors bon nombre d’éléments contemporains dans son projet. Des lumières au jeune chef d’orchestre de 25 ans en passant par les costumes remis au goût du jour. Clamant qu’il n’est pas venu ici pour faire de la programmation mais bien pour proposer une nouvelle vision. Y compris dans la méthode de travail auprès des jeunes danseurs.

De répétition en répétition, de la salle Chauviré à la salle Lifar, le documentaire nous plonge dans les coulisses de l’opéra de Paris faisant bien mieux que bon nombre de reportages de télévision sans grand intérêt, et ce pour notre plus grand épanouissement. Ce travail cinématographique est d’autant plus remarquable quand on sait que le chorégraphe eut quitté l’opéra seulement quatre mois après la fin du tournage. En désaccord avec la direction de l’institution (quant aux changements qu’il voulait y apporter) il jeta l’éponge en juin 2016. Il restera alors de ce formidable dessein, un très beau documentaire racontant l’essence même de l’ambitieux projet.

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Cahier de notes de Benjamin Millepied © Emmanuel Guionet
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Les tenues revisitées des danseuses du ballet © Emmanuel Guionet
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Les toits de l’opéra Garnier © Emmanuel Guionet
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Répétition sur la scène de l’opéra Garnier © Emmanuel Guionet


« Relève histoire d’une création »
Thierry Demaizière & Alban Teurlai
DVD disponible
20 €

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