En 1986, Médecins du monde s’est engagé à protéger et à soigner les plus démunis, ceux que la vie a happé loin du système, ceux tapis dans l’ombre et établis comme réceptacle de tous les maux. Les marginaux, les sans-domiciles, les prostituées, les réfugiés de guerre sans le sous, les migrants, les roms, les drogués, le meurtris, sont autant d’ombres, autant de silences que le monde tente de cacher. Associés au dysfonctionnement, à la faille d’une société bancale, ils cristallisent le rejet. Pourtant ,le docteur Françoise Sivignon, présidente de Médecins du monde n’a de cesse de clamer « Nous ne cesserons jamais de dire que l’ouverture, le dialogue et la reconnaissance de réalités diverses sont les seules voies d’avenir. »

© Cédric Gerbehaye, Agence VU

Une terre d’exil, migrants et Roms

La France est terre d’exil, sur son sol se retrouvent ceux qui n’ont plus le choix, ceux qui n’ont plus rien. C’est cette frange qu’ont choisi de montrer Cédric Gerbehaye, Valérie Jouve, Henk Wildschut et Claudine Doury. Le premier montre de jeunes migrants dignes, forts, bien que blessés par les atrocités de leurs pays. Le photographe Belges les immortalisent droits dans l’embrasure de fenêtres qu’ils ne quittent pas, il fixe leur quotidien et rappelle que s’ils sont là, sans leur famille, c’est qu’elle les ont supplié de fuir pour vivre. Valérie Jouve offre quatre portraits de passants à la mine grise qui pourraient bien être vous, moi, nous. Elle laisse se rompre, par l’identification que le spectateur opère face à ces visages, le fil qui sépare les êtres. Claudine Doury, elle, s’est penchée sur ceux que l’on rejette le plus, sur ceux qui ne s’intègrent pas ou que l’on n’intègre pas : les Roms. Elle a suivit pendant près d’un mois, le quotidien d’une petite fille qui, avant d’être une Roms, est simplement une petite fille qui rêve d’occuper ses journées à aller à l’école.

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G : Un logement du camp de Montmagny © Claudine Doury  Agence VU – D : Sarah à l’intérieur du camp de Montmagny, © Claudine Doury  Agence VU

Fracture sociales, les sans-domiciles fixes et l’isolement de la rue

Outre les réfugiés politiques, ceux qui peuplent la rue sans l’avoir choisit ne sont autres que ceux que l’on croise sans voir. Rejetés par la société, payant toujours le prix de choix passés, le temps, les épreuves et les instincts marquent leur peaux. Pourtant dans les portraits de l’Espagnol Alberto Garcia-Alix, ils respirent la fierté de ce qu’ils ont bâti. Denis Rouvre a choisit de capturer la matière des corps, sa série de portraits s’arrête sur les cicatrices des corps. Si les visages et les peaux sont marqués, c’est bien plus la douleur lancinante de l’âme qui torture. Un portrait, une confidence et la beauté de ces chairs meurtries rayonne sur fonds noirs.

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© Denis Rouvre

La condition féminine, un combat pour la protection des corps

Les plus vulnérables sont bien sûr les femmes qui n’ont d’autre monnaie d’échange que d’offrir leurs corps pour survivre. A Belleville, Christophe Acker a rencontré une prostituée chinoise. Il a filmé l’une de ses journées. Elle ne se plaint pas, elle n’accepte pas avec résignation, elle semble simplement être lucide sur sa condition. Cette lucidité, cette manière de ne pas se laisser aller à l’apitoiement est une constante retrouvée chez tous les photographes. Ils ne versent pas dans le pathos, ils ne s’effondrent pas dans ni dans la compassion aveugle, ni dans la pitié. Ils montrent juste la rudesse de la vie et la formidable capacité de l’être humain à s’adapter, à encaisser et à souffrir avec dignité. Aucune culpabilisation, juste un constat, celui fait depuis trente ans : ces gens sont tous les mêmes, nous sommes tous les mêmes et rien ne vaut une main tendu et un sourire adressé.

Pierre, Paris, 2016 © Alberto Garcia-Alix - Gaëlle, Paris, 2016 © Alberto Garcia-Alix
G : Pierre, Paris, 2016 – D : Gaëlle, Paris, 2016 © Alberto Garcia-Alix


Mise au poing, jusqu’au 18 mars 2017
Topographie de l’art, 15 rue de Thorigny 75003 Paris
Du mardi au vendredi : 14h – 19h Samedi et dimanche : 11h – 19h
Entrée libre