La galerie Xippas fête ses 30 ans en trois expositions rétrospectives, qui s’installent sur les deux étages de la galerie, la première se déroule actuellement jusqu’au 13 mars. Les trois expositions, dont la deuxième aura lieu au printemps et la troisième à l’été, visent à offrir une vue exhaustive des artistes soutenus par la galerie, qui se succèderont pendant ce cycle d’exposition.

Pour ce premier volet, sont présentées les œuvres de Céleste Boursier-Mougenot, Peter Halley, Valérie Jouve, Vera Lutter, Marco Maggi, Vik Muniz, Matthew Porter, Philippe Ramette, Bettina Rheims, Pablo Reinoso, Lucas Samaras, James Siena et Takis.

Signal de ralliement

Takis et Renos Xippas collaboraient déjà avant même l’ouverture de la galerie, c’est pourquoi il était naturel, qu’en 1990, ce soit Takis qui l’inaugure en jouant avec l’architecture particulière du lieu.
Doyen de la galerie, ses œuvres forment un fil rouge pour l’exposition, tel des signaux que le visiteur est invité à suivre à travers les salles. Le parcours n’est ni historique ni thématique, mais il ressemble plutôt à une joyeuse réunion d’œuvres qui dialoguent entre elles. Un brouhaha coloré, intergénérationnel, mélangeant les médiums et les zones géographiques. Le visiteur circule et découvre dans chaque salle des œuvres de Takis ou de Vik Muniz, l’autre doyen de la galerie, qui répondent à des œuvres de nouveaux arrivants comme Matthew Porter. Les frontières s’effacent entre les artistes Etatsuniens, Européens ou d’Amérique du Sud, puisque la galerie se fait porteur de l’art latino-américain en France, et à l’inverse, grâce à ses deux galeries en Uruguay. D’ailleurs, la galerie de la station balnéaire Punta Del Este propose également une exposition anniversaire.

Vue de l’exposition « 30 ans déjà! #1 », Xippas Paris, 16 janvier — 13 mars 2021. Photo: Frédéric Lanternier. Courtesy galerie Xippas.

Travaux de perceptions

La sélection d’artistes propose de modifier la perception du public. Les photographies, des aplats noirs et blancs tranchés, de Matthew Porter ont été retravaillées à la main et numériquement, surexposant, réexposant les tirages. Les algorithmes illustrés par James Siena n’ont, quant à eux, rien de numérique, mais sont des dessins, à l’acrylique et au fusain, habiles et minutieusement décalés pour générer une altération du symbole censé être répété.
Ainsi, les artistes usent de l’invisible, de subterfuges qui trompent le premier regard du visiteur.

Vera Lutter travaille avec la technique de la camera obscura : laissant l’image se créer durant des jours, parfois des semaines, dans la boîte noire alimentée uniquement par la lumière naturelle. Ne reste sur les clichés uniques que les objets sans mouvements, les bâtiments, la nature rendue floue par le vent. Mais ont disparus voitures et humains dont les passages éphémères n’ont pas été immortalisés par le lent travail de la lumière. Comme des fantômes, des souvenirs dont on ne garde trace. Une étrange poétique se dégage alors de Radio Telescope, Effelsberg IV, Septembre 2, 2013, lorsque le visiteur est face à sa propre fugacité. Actuellement, le « cinéma » du site de la galerie Xippas propose des documentaires au sujet de la pratique de Vera Lutter. 1

Vue de l’exposition « 30 ans déjà! #1 », Xippas Paris, 16 janvier — 13 mars 2021. Photo: Frédéric Lanternier. Courtesy galerie Xippas.

Dans l’exposition, le son se trouve non pas écouté mais photographié : Céleste Boursier-Mougenot immortalise les dessins formés par les ondes des larsens. Invisibles comme le bruit ils se présentent ton sur ton, noir sur noir ou blanc sur blanc, seule la technique sérigraphique leur permet de dénoter. Le bruit accidentel du larsen est une des illustrations de l’intérêt de l’artiste pour les agressions sonores. La pollution sonore peut être aussi symbolisée par de la mousse alimentée par le bruit alentour. Elle gonfle au sein d’un lieu jusqu’à l’engloutir. L’omniprésence du bruit, celle de l’autoroute proche par exemple, qui semble ne plus nous atteindre, finalement, nous bouffe de l’intérieur jusqu’à nous recouvrir et nous isoler du monde.

L’humour de l’art

Toujours en se jouant des perceptions, des artistes qu’on ne présente plus s’amusent du visiteur. On pense, bien évidemment, aux sculptures de Philippe Ramette dont les photographies font foi de leur utilité et de leur capacité à modifier la gravité.

Vue de l’exposition « 30 ans déjà! #1 », Xippas Paris, 16 janvier — 13 mars 2021. Photo: Frédéric Lanternier. Courtesy galerie Xippas.

 

Tout aussi ouvertement, Vik Muniz s’amuse d’une superposition de collages, des photographies, de ses tableaux. Dans cet enchevêtrement de matière, qu’on ne sait plus bien quel fragment est peinture ou photographie, dans une mise en abîme de collages, l’œil et l’esprit s’y perdent. La réalité s’éloigne dans ce jeu assumé par l’artiste.
A l’image de sa série Equivalent – Cloud Pictures Series, où le visiteur croit devoir s’amuser à distinguer les formes des nuages tel un enfant, Vik Muniz se joue de lui en lui proposant des images de ouate sculptée. Là encore, l’esprit qui a cru reconnaître un lieu commun est floué.

Ainsi, l’exposition intègre totalement le visiteur dans son parcours. Si sculptures, peintures et photographies se renvoient son œil comme une boule de flipper, c’est en réalité dans les détails qu’elles livrent leur secret.
Une exposition particulièrement riche pour une jolie célébration, avec un foisonnement d’œuvres et d’artistes dont ces quelques mots ne sont qu’une présentation non exhaustive.

1 https://www.xippas.com/?cat=303&lang=fr


30 ANS DEJA ! #1
Jusqu’au 13 mars 2021
Xippas Paris
108 rue Vieille du Temple
75003 Paris
 

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