Les manières de Tati, les grimaces de Funès, les minauderies de tant d’autres. C’est une histoire de gestes. Agir pour toucher, bouger pour transmettre, faire vivre, voyager, faire rire. Et voila qu’aujourd’hui, on le dit engourdi, le cinéma français. Immobile. N’ayons pas peur des mots. Incapable du moindre mouvement, si ce n’est l’entretien de sa paralysie.

Cataleptique et condamné le cinéma français ? Labyrinthe aux querelles intestines et polémiques claustrophobes ? L’hégémonie despotique du néant de ses dernières années, aura eu le mérite de propulser au grand jour, une communauté, une génération. Peu importe l’appellation. Il est ici question d’un ensemble dynamique. Faire bouger les lignes, proposer quelque chose de moderne, hors système. Ces nouveaux acteurs, cinéastes, infiltrent depuis plusieurs mois les courts et moyens métrages témoins de ce vent nouveau. Avec une volonté de raconter, persévérer dans le replacement de la sincérité au cœur des enjeux cinématographiques. Hors systèmes car peu de moyens. Mais beaucoup d’idées.

Acteurs de ce changement présent, figures de ce futur espéré, il est l’heure du coup d’Etat. 2014 sera leur année. La transition du format court au format long, pour la majorité d’entre eux, promet une médiatisation qui doit concrétiser cette prise de pouvoir. Il ne s’agit pas d’assimiler les codes du système, mais bien de le renverser.

La fille du 14 juillet

Cette nouvelle rubrique proposera de découvrir les nouveaux protagonistes du cinéma français. Pour la première, il paraissait judicieux de présenter Vincent Macaigne, acteur et cinéaste au cœur de la génération émergente. A la réalisation ou devant les caméras, on le retrouve au centre d’une majorité de projets à venir. Metteur en scène de théâtre depuis de longues années, il s’est fait remarquer récemment en partageant l’affiche de films distingués par la profession. La Règle de trois, de et avec Louis Garrel (2011), a obtenu le Prix Jean-Vigo 2012 du format court. Un monde sans femmes, de Guillaume Brac, fût sélectionné pour le César 2012 du court métrage. Catégorie dans laquelle le film de Vincent Mariette, Les Lézards, est en compétition cette année.

2013 marqua la transition vers l’étape supérieure pour Vincent Macaigne. Plus précisément, celle du passage au format long. Si l’acteur avait déjà campé quelques rôles mineurs dans certains films, l’année écoulée lui aura permis de se montrer en tant que tête d’affiche. En juin dernier, le public le découvrait dans La fille du 14 juillet d’Antonin Peretjatko, fragment burlesque de cette «nouvelle vague» de longs métrages. 3 mois plus tard, il quitta le personnage déluré de cette comédie fraiche et audacieuse, pour s’afficher dans le drame de Justine Triet, La bataille de Solférino. En l’espace de quelques semaines, l’artiste exhibait l’étendu de son talent par le biais de deux performances remarquables et antipodiques.
Les prémices d’un succès qui devrait consacrer l’acteur cette année. Omniprésent dans les six prochains mois, il prend soin de commencer 2014 à l’écran, avec 2 automnes et 3 hivers de Sébastien Betbeder, sorti le jour de Noël. Cette année sera également l’occasion de contribuer au passage au long métrage de son entourage. Le 29 janvier, Macaigne sera à l’affiche de Tonnerre de Guillaume Brac, puis sera accompagné par Laurent Lafitte et Ludivine Sagnier dans le Tristesse Club de Vincent Mariette. On le retrouvera également dans Les deux amis de Louis Garrel, ainsi que dans le film Eden de Mia Hansen-Love, pour lequel la réalisatrice retrace l’émergence de la french touch des années 90.

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Statut d’icône

Vincent Macaigne incarne cette «communauté» de cinéastes et acteurs, qui traduisent aujourd’hui une idée de la France et de son mode de vie actuel. Différents par le genre et singuliers par leur objectif artistique, les films qui mettent en scène cette génération naissante, replacent l’individu au coeur du sujet. Des hommes et femmes, coincés au quotidien entre la volonté de faire, et les contraintes qui leurs sont imposées. Une conjoncture difficile (La fille du 14 juillet), l’immixtion de la chose privée dans la sphère publique (La bataille de Solférino), la complexité des rapports entre les sexes (Les Lézards, Un monde sans femmes, La règle de trois). On retrouve dans ce courant de cinéastes, une volonté originelle de faire un film pour raconter. L’idée même de transmettre une émotion par la narration d’une situation simple, souvent courante, mais complexe, est plus forte que la volonté d’appartenir à un système ou s’intégrer dans une industrie. Les films qui en résultent font preuve d’un optimisme et une sincérité, dont le cinéma français est aujourd’hui orphelin.

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C’est un système de pensée parallèle, incarné avec brio par Vincent Macaigne. Quels que soient ses personnages, son jeu est guidé par une énergie dévorante, une surcharge d’émotions, et une volonté de partager. Il n’y a pas de faux-semblant. La combinaison de son authenticité et d’un talent qui lui permet de réaliser un grand écart émotionnel en une fraction de seconde, est la clé de cette recherche de transmission. Par son intermédiaire (mais aussi de nombreux autres acteurs), c’est un vent nouveau qui souffle sur le cinéma français. La concrétisation des promesses que l’on avait pu apercevoir dans les courts métrages cités, prouve que les lignes sont en train de bouger. Homme de théâtre, Macaigne est venu au cinéma pour l’amour du geste. Il n’hésite pas d’ailleurs à croiser ses deux univers. Son film Ce qu’il restera de nous (2011), tourné sans réel technicien, met en scène ses partenaires de théâtre. La connivence entre ces deux formes d’art qui l’habitent, permet certainement de nourrir la réflexion portée sur le monde par ses personnages, avec simplicité et authenticité.
Les jeunes cinéastes français, Macaigne le premier, sont désormais prêts à prendre le relai.

Faites-vous un premier avis en regardant La Règle de trois de Louis Garrel avec Vincent Macaigne :

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Disciple de James Gray.